Denis Chautard, prêtre de la Mission de France a été pendant dix ans responsable de la Pastorale des migrants du diocèse d’Evreux. Il est maintenant responsable du Service diocésain de la Solidarité.
Max Dubois, diacre du diocèse d’Evreux, est délégué de Pax-Christi pour la Normandie et membre de la Pastorale des migrants.
Tous deux font partie de l’équipe Mission de France d’Evreux.
Comment sentez-vous la situation des gens autour de vous ?
DC : Avec le délitement du tissu social et l’isolement de beaucoup de personnes, je rencontre des gens en précarité qui souffrent. Ce sont les premières victimes, ils ne peuvent pas prendre de recul et considèrent vite les étrangers comme des boucs émissaires ; et souvent on leur monte en épingle des exemples qui font jaser. Perdus, ils cherchent des solutions simplistes qui résoudraient leurs problèmes, pensent-ils.
MD : La stigmatisation de l’étranger est anti-biblique. Toute la Bible est traversée par la phrase : « Respecte l’étranger car tu as été toi-même étranger ». Dans les Cercles de silence notre slogan est : « L’étranger est mon frère ».
DC : Notre responsabilité de chrétiens va vers tous ceux qui vivent des difficultés économiques, de logement, etc. Les étrangers sont encore plus touchés ; ils vivent des situations administratives inextricables, outre l’éclatement familial et leur isolement affectif.
Comment aider les gens qui réagissent ainsi ?
DC : Pas en se séparant d’eux, mais en les aidant à réfléchir. Nous avons à construire une nation et l’Europe, donc à élargir notre identité. C’est un défi d’ordre spirituel. Les Allemands et les Anglais sont devenus nos frères malgré les conflits séculaires. L’enjeu est aujourd’hui de faire des Africains et des Asiatiques nos frères. Pour ce passage d’une identité nationale qui demeure nécessaire, à une identité internationale, les chrétiens sont attendus au tournant ; permettent-ils partout de construire une fraternité à vocation universelle ?
MD : Les chrétiens ne doivent pas se laisser embarquer par les idées d’extrême droite. J’essaye de faire connaitre nos expériences positives, l’Ecole des parents ou des initiatives associatives comme les groupes de lecture biblique dans les quartiers, les rencontres d’amitié entre chrétiens et musulmans. Ce sont des noyaux significatifs.
Que comptez-vous faire d’ici les élections ?
MD : Dans mes homélies, je rappellerai très simplement que l’homme doit être premier dans l’économie, et que pour un chrétien il n’y a pas d’étrangers. Je continuerai à témoigner en participant chaque mois aux Cercles de silence d’Evreux.
DC : Je voudrais témoigner que c’est le pauvre qui a la première place devant Dieu. Nous, chrétiens, prêtres et diacres, avons la charge d’aller à la rencontre de ceux qui ont la dernière place, les pauvres, les étrangers, les divorcés, les blessés de la vie… Et de montrer que, si le dernier est mis à la première place, c’est que l’amour est universel.
Propos recueillis par Dominique Fontaine
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