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2010, l'Année des marins
Présence et action de la Mission de la Mer dans le monde maritime d'aujourd’hui

 

Guy PASQUIER, prêtre de la Mission de France, est Secrétaire national de la Mission de la Mer. Prêtre-ouvrier devenu marin au long cours, il navigua pendant quinze ans, jusqu’à sa retraite professionnelle en 2008. Il était électricien à bord de différents bateaux, porte-conteneurs, pétroliers et gaziers, parcourant le monde. Guy a mis les pieds sur les 5 cinq continents, dans cinquante pays, naviguant avec des marins de quinze nationalités différentes.

La filière maritime est libérale. L’armateur classique propriétaire de sa flotte, exploitant ses bateaux et recrutant ses marins, a quasiment disparu. Les grandes compagnies maritimes sont à capitaux privés et bancaires. La gestion technique et celle de l’équipage sont confiées à des compagnies spécialisées. La compagnie pour laquelle j’ai travaillé gère plus de 1000 bateaux ! L’exploitation commerciale est encore une autre affaire. Les grandes compagnies pétrolières, par exemple, n’exploitent plus de bateaux en propre mais les affrètent à des compagnies spécialisées. Les ports n’échappent pas à la règle. Le bord à quai leur appartient ; l’aménagement des terminaux est de leur ressort ; le trafic des bateaux, entrées et sorties, les placements à quai, dépendent toujours d’eux. En revanche, les terminaux, les équipements, tout l’outillage, sont privés. C’est le domaine des compagnies de manutention qui embauchent leur propre personnel. Les grandes compagnies mondiales de porte-conteneurs (Maersk qui est danoise, CMA/CGM, française, et MSC, Italo-Suisse) prennent peu à peu le contrôle de terminaux ou de ports pour s'assurer de la fluidité de l’ensemble.

Le monde maritime navigue sur une seule mer... libérale !

On estime le nombre de marins servant sur des navires de trafic international à 1.2 million. Les principaux pays industrialisés fournissent encore beaucoup d’officiers ; mais ils sont aujourd’hui de plus en plus souvent recrutés dans les pays d’Asie et d’Europe de l’Est. Quant aux marins, ils viennent en grande majorité des pays en voie de développement, notamment d’Extrême-Orient. Les Philippines fournissent plus de 20 % de la main-d’œuvre maritime mondiale, soit 250 000 marins. La Chine et l’Inde figurent également parmi les grandes nations pourvoyeuses de main-d’œuvre maritime, ainsi que la Grèce, le Japon, la Norvège, la Russie et l’Ukraine.
Les pays industrialisés possèdent et contrôlent l’essentiel de la flotte mondiale mais aucun d’entre eux ne figurent parmi les pays immatriculant le plus de bateaux. En tête loin devant viennent les pays abritant les pavillons de libre immatriculation dits « de complaisance », le Panama et le Liberia, gérés depuis les Etats-Unis. Viennent ensuite la Grèce, Chypre (pavillon bis de la Grèce), la Norvège, les Iles Bahamas… La France est au 28ème rang mondial ! La délocalisation est effective dans le maritime depuis la seconde guerre mondiale.
Les contrats des marins, leur durée et les salaires, varient selon la nationalité et le pays d’origine. Un Européen sera plutôt officier, lié à une compagnie, son contrat de 4 à 6 mois, et son salaire correspondant au niveau de son pays. Un Philippin sera plutôt simple marin, son contrat avec une compagnie sera pour un temps donné, de 7 à 10 mois, et son salaire de 1000 à 1600 USD avec les heures supplémentaires, largement supérieur au niveau de son pays.
Le syndicat international des transports (ITF), auxquels sont affiliés la plupart des syndicats nationaux de marins, fait beaucoup pour l’amélioration de leur condition. Il négocie des accords avec les compagnies maritimes pour les salaires, il intervient à bord des bateaux par un corps d’inspecteurs présents dans tous les grands ports, pour régler les conflits, pour assister les marins juridiquement lorsque la compagnie est déficiente ou lorsque les bateaux sont retenus dans les ports. Il redistribue des fonds aux associations et Eglises qui s’occupent de l’accueil des marins dans les ports.

Bientôt une Convention du Travail Maritime

L'Organisation Maritime Internationale (OMI), dépendant de l’ONU, fixe les grandes règles de fonctionnement du secteur selon le sacro-saint principe de la libre circulation des marchandises. Ainsi, furent adoptées trois conventions qui font loi, la SOLAS sur la sécurité, la MARPOL pour la lutte contre la pollution, et la STCW pour les qualifications et les brevets des navigants. A ces trois piliers, va maintenant s’ajouter la Convention du Travail Maritime, adoptée par l’OIT et le BIT de Genève en 2006 et en voie de ratification par les Etats. Elle a pour but d’assurer aux marins des conditions de vie et de travail décentes. Tout est passé en revue, le bien-être à bord, le contrat de travail, les heures de travail et de repos, les soins médicaux, le rapatriement, la procédure de plainte… Ce texte limitera le « dumping social » et la concurrence entre compagnies en imposant un standard à respecter. Un certificat de travail maritime sera rendu obligatoire et exigé au moment des inspections par l’Etat du pavillon et celui du port où le bateau fait escale.

Assurer des lieux d'accueil dans les ports

La grande demande des marins est de pouvoir sortir du bateau dans les ports, d’aller à terre pour décompresser un moment, car leur vie est très exigeante et soumise à beaucoup de restrictions sécuritaires. L’autre besoin immédiat qu’ils veulent satisfaire est de communiquer avec leurs familles et leurs proches. Aussi, l’accueil dans les ports est essentiel. Ce fut l’affaire des Eglises, en premier lieu l’Eglise anglicane, puis les Eglises protestantes, plus récemment l’Eglise catholique. Une organisation internationale fédère l’action de ces Eglises, l’International Christian Maritime Association (ICMA), efficace et de grande qualité.
Les Eglises ont contribué à attirer l’attention sur le sort des marins et ont été attentives à ce qui était attentatoire à la dignité humaine, mauvaises conditions de vie et de travail, mauvais traitements… Elles ont aussi attiré l’attention sur la situation des marins abandonnés sur les bateaux bloqués dans les ports du fait d’armateurs véreux.
Les ports commencent à se préoccuper du bien-être des marins. La France comble actuellement son retard. Des conventions commencent à être appliquées pour améliorer l’accès des marins à des lieux d’accueil où ils pourront communiquer avec leurs familles. Reste à assurer un financement pérenne. Cela passera par une participation des grandes compagnies maritimes et de tous les acteurs portuaires. Le port du Havre se met progressivement à jour, ceux de Marseille et de Dunkerque font beaucoup plus.

Nous continuerons à nous « mouiller »

Ainsi, peu à peu, on commence à regarder et considérer les marins comme des êtres humains... L’action de la Mission de la Mer, avec les associations d’accueil des marins, porte ses fruits. Nous oeuvrons pour que tous les besoins des marins, y compris spirituels, soient pris en compte. Le monde maritime reste toujours pour nous un lieu de mission ; les défis à relever sont devant nous. Nous continuerons à nous « mouiller » pour que l’Evangile ait le goût du partage et de la justice, en oeuvrant avec d’autres dans le sens du bien commun et de la solidarité internationale.
Quand nous nous rendons proches des marins de tous pays, cultures et croyances, nous témoignons de l’universalité de l’Eglise faite pour tous les hommes. C’est une incitation et un appel pour elle à s’ouvrir toujours au-delà de ceux qu’elle rassemble, et à se laisser porter par l’Esprit vers la rencontre des autres et le dialogue avec eux.

Guy PASQUIER,
Le Havre le 26 mai 2010

Des sites :
Mission de la Mer : www.missiondelamer.catholique.fr
Apostolat de la Mer : www.stellamaris.net
ICMA : www.icma.as
ITF : www.itfglobal.org