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"Je crois"
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Foi "aventurée",
déplacée, risquée, mais aussi ravivée
par la différence de lautre, re-suscitée
par les appels entendus et les témoignages imprévisibles
Les membres de la Communauté Mission de France
disent ici, tour à tour, leur foi.
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Octobre 2003
Jean-Jacques
Kerveillant,
prêtre de la Mission de France sur le chemin de Compostelle
Croire, cest une confiance. Cest une livraison de
tout son être ; cest comme si on était soi-même
le ballon quon passe au partenaire. Cest un lâcher-prise.
Cest risquer son être propre, son existence toute
nue, son identité profonde. Sans cela, impossible de
croire.
Croire commence par un profond silence. Cest-à-dire
quand on a laissé ce qui est urgent pour soccuper
de ce qui est important. Bien entendu après il faudra
aussi soccuper concrètement au quotidien de tout
et du reste, sinon que signifierait ce "croire" ?
Mais dabord silence, et écoute. Une parole ne peut
sentendre que sur fond de silence et découte.
Croire na pas dobjet. Bien entendu, il y a des "contenus"
du croire : on croit toujours en quelque chose. Mais croire
cest dabord un sujet, en relation avec un autre
sujet. Cest un je et un tu. Ce nest pas se perdre
dans une relation duelle : cest forcément aussi
un nous. Croire, toujours, naît dans un nous, et crée
un nous. En tous les cas, croire est essentiellement une relation.
Il y faut de lamour. Sans amour, on ne peut pas croire.
Croire est une gratuité, et comme une espèce dimpossibilité.
Entre Grégoire de Nazianze (O toi, lau-delà
de tout, nest-ce pas là tout ce quon peut
chanter de toi ? Quel hymne te dira, quel langage ? Aucun
mot ne texprime
Seul, tu es indicible
Seul,
tu es in connaissable
) et Etty Hillesum (Je vais
taider, mon Dieu à ne pas téteindre
en moi, mais je ne peux rien garantir davance. Une chose
cependant mapparaît de plus en plus claire : ce
nest pas toi qui peut nous aider, mais nous qui pouvons
taider et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes).
Entre notre impuissance et son impuissance, croire est la formidable
découverte du mystère de sa liberté, et
de sa vérité insaisissable (ou si on la saisit
elle cesse dêtre vérité), du mystère
de notre liberté et de notre responsabilité incontournable.
Croire cest "yin". Cest un accueil, une
réception, cest se laisser saisir. Ce nest
pas de lordre dun combat, dune conquête,
pas une réponse trouvée à des questions
posées. Pas même une "recherche". Donc
: pas "yang". Cest accepter, recevoir, recueillir,
"garder toutes ces choses dans son cur et les méditer".
Croire, ce nest pas un triomphe, cest une extrême
fragilité.
Croire, cest personnel, cela ne se transmet pas, et pourtant
cela relève toujours dune initiation. Parfois,
bien souvent même, les "maîtres dinitiation"
signorent eux-mêmes. Et dailleurs ne peuvent
lêtre que ceux qui ne savent pas à lavance,
qui nont pas de discours préétabli, de doctrine
prête à lemploi. Car il sagit de vivre.
Croire, cela passe par des médiations. Il importe -chacun
à sa manière- davoir le cur et lesprit
ouvert à "lintelligence des Ecritures"
et à lintelligence de "toutes ces choses"
qui peuvent être : les médiations du groupe croyant,
les médiations symboliques et rituelles
et Dieu
sait quoi encore !
Il y faut de lintelligence, pas du raisonnement.
Il ny a pas de programme, il y a un chemin.
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