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Témoignages

Lucile Vercoutère est mariée avec François, avec qui elle a trois enfants. Elle travaille à l’espace-santé-jeunes de la ville de Valence ainsi que dans un centre d’alcoologie.

Qui vient en consultation à l’espace-santé-jeunes ?
L. V. :
Le centre est ouvert aux 16-25 ans ainsi qu’à des personnes de plus de 25 ans, bénéficiaires du RMI. Le public est donc assez varié et cette variété même a du sens pour l’équipe de soignants.

Comment prenez-vous en charge les jeunes en grande précarité ?
L. V. :
Ils viennent nous voir pour des troubles du sommeil, de l’alimentation, des douleurs diverses qu’ils n’arrivent pas à traiter, des grossesses non désirées… Ils vivent dans un isolement plus ou moins grand, après avoir vécu une ou plusieurs ruptures qui les ont fragilisés. L’aspect santé n’est alors souvent qu’une facette de leurs difficultés : il est lié à d’autres problèmes, sociaux, économiques, affectifs. Nous travaillons donc souvent en lien avec d’autres professionnels qui vont pouvoir les accompagner dans ces autres domaines : assistante sociale, psychologue, éducateur…
Pour ce qui est de la consultation elle-même, je me situe plus dans la relation que dans la prescription. En fait, je prescris très peu. Les consultations durent 3/4 d’heure, car il faut du temps à ces jeunes pour se livrer. C’est d’autant plus vrai qu’ils sont plus âgés, notamment pour les bénéficiaires du RMI pour qui la précarité est déjà bien installée. Il faut un accompagnement de plusieurs mois pour voir ces personnes prendre en charge leur santé.

Qu’est-ce-qui t’a amenée à travailler dans ce cadre ?
L. V. :
Au départ, c’était le besoin de travailler en équipe : quand j’ai débuté en faisant des remplacements en médecine libérale, je me sentais vraiment trop isolée. Et puis, j’avais une certaine habitude des jeunes : j’ai fait partie de l’équipe d’animation du Service-Jeunes de la Mission de France. Je continue d’ailleurs à travailler avec des jeunes sur ma paroisse. Avec quelques adultes, nous essayons de mettre en marche des jeunes qui ne font partie d’aucun mouvement. Quand j’y pense, il n’y a pas une si grande différence dans la manière de les aborder, que ce soit à l’espace santé ou dans la paroisse. •

 

Jean-Claude Sauvaget est prêtre du diocèse de Saint Flour. Il a été formé au séminaire de la Mission de France et est membre de la Communauté.

Quel travail as-tu trouvé en arrivant à Aurillac ?
J.-Cl. S. :
À mon ordination, l’évêque m’a donné mission d’exercer mon ministère dans un travail professionnel. Après avoir pris de multiples contacts, j’ai senti qu’il y avait un besoin important du côté des familles de personnes handicapées. L’Association départementale des amis et parents d’enfants inadaptés (ADAPEI) m’a embauché pour visiter les familles qui ont une personne handicapée à domicile. Dans le Cantal, en milieu rural, ces familles sont très isolées. Les personnes handicapées prennent de l’âge, ainsi que les parents. Cela pose de nouveaux problèmes et crée une grande inquiétude pour l’avenir. Le projet vise la mise en place d’une “aide aux aidants”, parents, cercles plus larges des amis, associations d’aide à domicile, personnels de la protection sociale…

En quoi consiste ton travail ?
J.-Cl. S. :
Il s’agit d’abord d’une étude-action sur dix mois. Sur quatre cantons, je vais rencontrer les familles, commencer par écouter. Cela suppose, dans chaque village, de découvrir, tisser ou vivifier les liens entre les familles, les maires, les médecins, les infirmières… Il s’agit pour moi de m’appuyer sur la force des réseaux existants… et de travailler moi-même en réseau avec les divers organismes. Des solutions encore inédites peuvent être trouvées. Cet apprentissage débouchera vers une aide durable aux aidants, une veille attentive. L’ADAPEI me demande aussi de réfléchir à la création d’un centre de formation pour les auxiliaires de vie et les personnels qui interviennent à domicile. Là aussi, dans la formation, il faut sensibiliser les gens au travail en réseau. •

 

Daniel Batisse, diacre permanent, est médecin de PMI à Saint Denis (93). Il est membre de l’Équipe de Mission de Gennevilliers (92).

En quoi consiste ton travail ?
D. B. :
Je reçois en consultation gratuite des enfants de moins de 6 ans dont les familles viennent de tous les pays du monde. Une part de mon travail consiste en éducation pour la santé et en médecine préventive. Il s’agit surtout d’expliquer aux mères ce qu’elles savent déjà faire, pour les rassurer. Il y a aussi le dépistage de handicaps et de maladies sévères.
J’interviens également en ce qui concerne l’enfance en danger (les enfants maltraités) pour mettre en place les éléments de prévention. Nous pouvons avoir connaissance de certains comportements de parents vis-à-vis de leurs enfants, de mauvaises conditions de travail, du surpeuplement d’un appartement, d’une mésentente dans un couple, de la fatigue ou d’un problème psychiatrique d’une mère. Avant que la situation ne se détériore, nous pouvons faire appel à une travailleuse familiale. Le cas échéant, nous signalons les mauvais traitements au juge.

Quelle image se font les gens du médecin que tu es ?
D. B. :
Eh bien, je ne sais pas trop ! Je crois qu’ils ne voient pas un médecin traitant mais quelqu’un en qui ils ont confiance, qu’ils reviennent voir pour des explications. Et puis, je ne travaille pas tout seul, il y a les puéricultrices, les auxiliaires… Pour un petit souci de santé ou des papiers administratifs, les parents viennent voir la secrétaire. Tout cela est dans l’esprit de proximité ! C’est un travail global, pas seulement médical. •