François BILDSTEIN est membre d’une équipe de discernement de la Mission de France dans la région Est (52). Avec Monique sa femme, ils ont quatre enfants, étudiants et jeunes professionnels. Monique est responsable du service de la catéchèse pour le diocèse de Langres. François est médecin. Il a été ordonné diacre permanent de la Mission de France le 26 avril 2009 à Pontigny (89).
Très jeune, j’avais envie d’aller au caté, d’en savoir plus. Personne ne m’y poussait car je suis d’une famille chrétienne dont la pratique était assez classique. Ma grand-mère alsacienne, elle, a une foi chevillée au corps. Si bien que, pendant la dernière guerre, avec son mari, ils sont partis se réfugier à Lourdes ! Et ils y ont fait souche…
C’est en 2001 que j’ai été sollicité la première fois par le diocèse de Langres pour réfléchir au diaconat. Après réflexion, j’ai démarré une année de discernement et débuté une formation. J’ai alors ressenti la nécessité de faire le point et de prendre un temps pour peser toute la signification d’un appel au Diaconat Permanent. A ce moment là j’ai fait connaissance de la Communauté Mission de France à travers le parcours fondamental qui cadrait bien avec ma demande de formation et de pause.
J’ai tout de suite été intéressé par le Parcours fondamental qui se décline en modules de plusieurs week-ends. Cela correspondait parfaitement à mes contraintes de médecin.
J’ai trouvé à la Communauté Mission de France une Eglise ouverte, attentive aux interrogations actuelles, prête à l’audace de positions claires. C’est alors que je me suis reposé la question de l’appel au diaconat et j’ai éprouvé le désir de poursuivre le chemin avec la Mission de France dans cette spiritualité axée sur le travail professionnel, la vie d’équipe et la rencontre de l’autre dans sa différence qui est le lieu de la découverte du Christ.
Les responsables de la formation m’ont accompagné. Ils m’ont engagé à rencontrer mon évêque à Langres qui s’est montré très fraternel. Tout s’est fait paisiblement, et j’ai repris ma formation.
De nos jours, la situation du diacre permanent est encore à trouver et les équilibres sont complexes. La place de l’épouse est toujours subtile et délicate. C’est bien sûr en couple que nous y avons réfléchi. Si Monique m’accompagne comme épouse dans ma démarche, elle ne sent pas impliquée elle-même dans la mesure où j’exercerai mon diaconat dans mon milieu professionnel.
Nous avons attendu d’être assez avancés dans notre maturation pour en parler à nos enfants. Ils respectent mon choix. Ils ont la bonne distance et ne se sentent pas impliqués dans ma démarche. Ils sont critiques sur la place faite aux femmes dans l’Eglise.
Aider et soulager fait partie de mon être.
Je vis dans mon métier de médecin, l’attitude de service qui est bien le propre du diaconat. Mais on n’est pas plus au service des personnes en étant diacre. Mon engagement comme diacre sera une façon de faire entrer l’Eglise dans le monde de la santé, de la faire sortir de la paroisse pour la porter dans ces milieux où les personnes vivent à des années lumières de Jésus Christ. Je souhaite contribuer à rendre l’Eglise visible dans le monde de la santé, être signe d’Eglise auprès de ceux dont elle est loin. Je le vis comme un service que je rends à l’Eglise et à mes frères. Je mesure bien que ce ne sera pas sans complexité.
Le diaconat permanent est une pratique encore récente, restaurée par Vatican II. J’y retrouve ce qu’ont porté les prêtres ouvriers à la Mission de France, une Eglise qui se rend proche du monde du travail. Réciproquement, je souhaite apporter aux célébrations liturgiques le monde de la santé où ma vie est impliquée. Mon ministère, vécu dans le milieu du soin, n’aura de cohérence que si je porte à l’eucharistie tous ceux que je rencontre dans mon travail. Je me sens porter totalement cette intuition de la Mission de France : le dialogue et le respect sont à la base de la démarche croyante, c’est par ceux que nous rencontrons que nous sommes évangélisés.
Je souhaite que le diaconat puisse rendre visible une Eglise servante, humble et pauvre.
Une des missions qui me sera confiée par les diocèses de la Mission de France et de Langres sera de travailler sur la bioéthique. La tache sera délicate parce que l’Eglise, attachée à des principes universels bien sûr respectables, peut se retrouver loin des personnes. Je vais entreprendre une formation qui me permette d’acquérir la compétence pour lancer un comité local d’éthique. J’aurais à trouver une parole audible et équilibrée. À la Mission de France, nous pouvons nous appuyer sur des réseaux où des liens précieux se créent pour s’épauler et s’éclairer mutuellement. Les réseaux santé seront un soutien privilégié.
Propos recueillis par Marie-Christine SER