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Madeleine Delbrêl (1904-1964)

"Missionnaires sans bateau"
« Il n’y a pas deux amours : qui étreint Dieu doit avoir la place du monde dans ses bras ;
qui reçoit le poids de Dieu dans son cœur y reçoit le poids du monde 
»
Madeleine Delbrêl.

Engagé dans l’action humanitaire, ma rencontre du Christ s’est faite au pied de la Croix, dans ce combat contre l’absurde souffrance des hommes. Débutait alors un chemin – qui se poursuit toujours aujourd’hui – pour trouver comment faire connaître et aimer Celui qui m’a saisit. Plusieurs appels et convictions ont vu le jour progressivement en moi : un appel à une vie consacrée et au sacerdoce, un désir de faire connaître le Christ à ceux qui ne le connaissent pas et de cheminer avec des personnes qui ne trouvent pas leur place dans l’Eglise et un désir de vie ordinaire avec un travail professionnel.
J’ai croisé Madeleine Delbrêl sur cette route et ses écrits m’ont profondément marqué. Je ressentais que la mission est ici et maintenant et que la distance entre un croyant et un non croyant tout proche géographiquement pouvait être un océan qu’il nous faut traverser. Elle mettait les mots, l’humour, un chemin de vie sur ces intuitions et me donnait des ressources pour avancer et inventer. "Faisant dans ce monde figure de campeur", Madeleine ouvre un sentier non tracé par avance, un sentier de grande humanité, de vie ouverte à l’Esprit. Ce chemin offert est une suite du Christ exigeante dans les déserts habités de notre monde et un appel à une "mission en épaisseur, là où l’être humain prend ses décisions". J’admire aussi son sens politique : confrontée à la misère des ouvriers et à la séduction d’un marxisme très puissant à son époque, elle a su à la fois aimer les hommes, reconnaître dans le marxisme "le péché social" et aller vers les communistes "non pas pour ce qu’ils ont mais pour ce qu’ils n’ont pas".
Les écrits de Madeleine m’invitent à habiter pleinement mon époque, à oser m’aventurer avec d’autres qui cherchent à construire une humanité harmonieuse, à vivre aux dimensions du plus universel et à être disponible au plus particulier.

Jacques,
séminariste à la Mission de France

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Charles de Foucauld (1858-1916)

Pourquoi Charles de Foucauld est-il une source spirituelle essentielle pour un certain nombre de membres de la Mission de France ? Après tout, partir s’installer au fin fond du désert pour vivre une proximité avec le Christ, ça me paraissait assez éloigné des engagements humains, sociaux et ecclésiaux des gars de la Mission. A priori naïf de quelqu’un (moi) qui s’arrêtait à un jugement rapide fondé sur des on-dit de troisième main…
Pendant un stage de langue arabe à Damas, je posais ma question à des petits frères de Jésus. Tollé des frères ! Charles ne partait pas dans le désert pour vivre une solitude d’ermite et un retrait du monde, mais pour vivre en proximité avec les populations du désert ! Intrigué de voir ainsi démolie ma complaisante ignorance de sa vie et de son œuvre, je décidais de faire plus ample connaissance avec Charles de Foucauld. Et voilà qu’aujourd’hui, sur le chemin qui peut me conduire vers le ministère, je m’abreuve moi-même à la source spirituelle que m’offre le frère Charles, véritable homme de Dieu. Homme de Dieu, non pas au sens où il possèderait Dieu, maître de la relation avec lui, mais au sens où il le cherche sans cesse, dans sa fréquentation de l’Evangile et dans le cœur des hommes qu’il croise sur sa route. Son souci évangélique de vivre une fraternité effective avec tous les hommes de son temps l’a poussé dans le désert, à la rencontre des plus pauvres et des lointains.
Risquer l’aventure de la rencontre pour répondre à une soif d’absolu ? On pourrait peut-être dire cela du frère Charles, mais à condition de ne pas oublier que, pour lui, c’est Jésus, habitant son cœur, qui lui a fait sentir cette soif et lui a fait suivre ses pas.
Cette fraternité que Charles a voulu vivre, je l’accueille aujourd’hui dans la lecture de ses écrits et la recontre de ceux qui essayent de marcher à sa suite. Ce n’est certainement pas anodin de rencontrer, sur le chemin vers le ministère, un frère comme Charles qui nous invite à redécouvrir avec une nouvelle fraîcheur le cœur même de l’Evangile, la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu offert gratuitement à tous les hommes. 

Xavier,
séminariste à la Mission de France

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Thérèse de Lisieux
(1873-1897)

"Père miséricordieux"
« Père miséricordieux, au nom de notre Doux Jésus,
de la Vierge Marie et des Saints,
je vous demande d’embraser ma sœur de votre Esprit d’Amour
et de lui accorder la grâce de vous faire beaucoup aimer.
»
Thérèse de Lisieux

Cette prière a été composée par Thérèse quelques mois avant sa mort. Sa supérieure lui avait donné un correspondant, un séminariste, l’abbé Bellière, qui voulait devenir missionnaire. Thérèse désire l’aider dans son œuvre apostolique. Elle lui envoie cette prière en lui demandant de la dire chaque jour pour qu’elle-même puisse continuer la tâche qui est la sienne dans l’Eglise, celle des vivants et des morts : aimer.
Cette prière étonnante est trinitaire. Il y a dans la Trinité une incessante circulation d’amour. Il en est de même dans la Communion des saints entre ceux du ciel et ceux de la terre pour que l’Amour soit aimé. Thérèse ne veut pas faire tomber du ciel « une pluie de roses », elle veut qu’on demande à Dieu qu’elle-même puisse aimer davantage.
Cette prière est demandée aux membres d’une association de fidèles, la Solitude Thérèse de Lisieux - « solitude », car en ces derniers mois de sa vie, Thérèse est très seule face à la nuit -, une petite confrérie de prêtres et de laïcs qui rejoignent Thérèse chaque jour en disant à Dieu cette prière jaillie de son cœur.
Cette prière, Thérèse l’adresse aux membres de la Communauté Mission de France, dont elle est la patronne. Elle l’adresse aussi à tous les baptisés qui, à travers le monde, ont à cœur d’ « aimer Jésus et de le faire aimer ».

Jean François SIX
Prêtre de la Mission de France, il a écrit de nombreux livres sur Thérèse de Lisieux.
Il a ainsi contribué à faire apparaître un autre visage de la sainte.
À partir des textes originaux, il a mis en valeur la place essentielle, chez elle,
de la nuit de la foi et de la perception mystique de l’athéisme contemporain.

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Cardinal Suhard
(1874-1949)

"Abattre le mur"
« Je vous demande de vous transporter avec moi par la pensée, devant la basilique de Montmartre, et là, de regarder ! À perte de vue, voici Paris ! Paris, la ville “achevée” et la ville inhumaine. Paris, ville de graves désordres et ville des saints. Sous ces toits qui fument, près de six millions d’habitants vivent et meurent, s’aiment ou se combattent, prient ou se désespèrent. Voilà la cité géante que Dieu m’a confiée en partage. Pourquoi ? Pour la sauver ! Sauver Paris, cela veut dire deux choses : sauver les âmes, et sauver la cité.
Sauver les âmes de Paris, telle est, mes frères, la première tâche. C’est de cette foule que j’aurai à répondre au jour du Jugement. Comprenez-vous alors, l’angoisse que j’éprouve ? C’est une hantise, une idée fixe, qui ne me quitte pas. Quand je parcours ces banlieues aux usines mornes, ou les rues illuminées du centre ; quand je vois cette foule, tour à tour raffinée ou misérable, mon cœur se serre jusqu’à la douleur. Et je n’ai pas à chercher loin le sujet de mes méditations. C’est toujours le même : il y a un mur qui sépare l’Eglise de la masse. Ce mur, il faut l’abattre à tout prix, pour rendre au Christ les foules qui l’ont perdu. 
»
Cardinal SUHARD, Homélie du 5 décembre 1948.

Archevêque de Paris de 1940 à 1949, le cardinal Suhard a fondé la Mission de France en 1941, avec l’Assemblée des cardinaux et archevêques. Découvrant la misère des banlieues et une société qui se construit sans référence à Dieu, il fut l’évêque du renouveau missionnaire en France. Dans cette homélie du 5 décembre 1948, qui a marqué tant de prêtres et de laïcs de la Mission de France, il exprime le fond de son cœur de pasteur.

Dominique Fontaine, Vicaire général de la Mission de France

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