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Hervé sera ordonné prêtre de la Mission de France le 15 novembre 2008 à Gennevilliers, Hauts-de-Seine, dans la banlieue nord-ouest de Paris.

Il témoigne de son engagement à faire vivre la rencontre avec le Christ.

« S’il y a des passages de l’évangile qui me marquent dans la marche vers la prêtrise, ce sont d’abord ceux où je peux voir Jésus aller à la rencontre de son peuple. Il y a deux ans, à un festival de théâtre de rue à Aurillac, Jacques Leclerc, un prêtre de la Mission de France nous avait fait contempler Jésus lui-même en contemplation devant ceux à qui il allait offrir les promesses de bonheur des béatitudes : il voit le bonheur de l’Amour de Dieu déjà à l’œuvre dans ce peuple à la vie pourtant si dure et méconnue, il guette le moindre signe, la lueur la plus fragile de ce bonheur plutôt déroutant. De même, il voit les foules et chacun de ceux qu’il rencontre avec un regard creusé par son lien si profond avec son Père. Comme Lui, il se laisse saisir aux entrailles par le meilleur de ce que chacun abrite en germe.

« Je crois qu’il n’y a pas de meilleure école pour suivre Jésus comme prêtre de son Eglise que de chercher à entrer dans ce regard d’espérance et chercher à le voir Lui, toujours en naissance au cœur de son peuple et de chacun, comme un bonheur déjà en marche.
Que ce soit dans cette session de théâtre de rue à Aurillac ou avec les jeunes avec qui nous venons de vivre une équipée en bateau en Bretagne, je remarque que cette même question semble interroger les jeunes et les moins jeunes comme un aiguillon, la recherche du bonheur. Pourtant, Jésus me paraît l’opposé d’un gourou du bonheur ; c’est peut-être pour cela qu’il nous interpelle tant encore aujourd’hui. Il laisse chacun faire son chemin, mais il voit dans ces chemins au fond si mêlés ce que nous ne voyons pas encore, la trace de Quelqu’un qui nous invite à vivre plus pleinement, à libérer cette capacité de don, d’amour, que nous tenons si facilement enfouie et qui est pourtant seule capable de combler une vie.

« Je pense qu’à sa suite, être prêtre n’est pas être sorcier mais plutôt « sourcier », être au service de cette recherche, cette soif qui anime chacun et que la rencontre du Christ vient réveiller.
Je pense souvent ainsi à cette rencontre entre Jésus et la Samaritaine, cette femme qui nous ressemble tant. Elle ne pense qu’à ce qu’elle vient prendre pour remplir sa cruche, et là, Jésus l’invite à creuser plus profond, jusqu’à une eau vive qui semblait endormie et que sa rencontre éveille peu à peu.
Je pense aussi souvent à l’histoire des marcheurs d’Emmaüs qui résume si bien nos existences ; on ne sait pas trop vers quoi on se dirige, mais peu à peu, Quelqu’un se fait reconnaître ; on ne sait jamais comment à l’avance… Et même s’il devient totalement invisible, ce qui s’est creusé en nous, nous donne de croire qu’il sera toujours là et que tous nos chemins partagés pourront devenir chemins d’Emmaüs, chemins de présence et de communion, de façon toujours imprévue. Cela m’avait marqué avec mes collègues enseignants, et dans divers projets avec des jeunes ou des moins jeunes, des chemins imprévus s’ouvrent malgré toutes les embûches, du moment qu’on laisse Quelqu’un nous redire d’ « avancer au large », de nous risquer avec confiance dans la drôle d’aventure où il nous embarque. « Avance au large », c’était justement le nom de l’équipée que nous avions fait en bateau il y a quelques semaines. Malgré ce nom prometteur, beaucoup des futurs équipiers ont été empêchés d’embarquer au dernier moment… et comme souvent, ce n’est qu’à l’heure d’un départ plutôt incertain que d’autres ont rejoint, au dernier moment, jusqu’à ce que finalement toutes les places soient occupées… et bien occupées !
J’ai l’impression que Celui qui nous embarque fonctionne souvent ainsi, il nous laisse sa Parole pour qu’on puisse lui faire totalement confiance. Pour peu qu’on hisse un bout de voile, son Souffle vient nous embarquer vers le large !… Même si au fond, c’est sans cesse lui qui fait le premier pas…

« Je retrouve cela dans mon travail et ma vie d’équipe : avancer au large dans une terre qui nous travaille en Eglise. Le faire comme encordés, chacun à un poste différent, avec des équipiers qui œuvrent souvent ailleurs mais dans la même posture, « à l’école » de ce qui se vit au creux de notre humanité, embarqués avec d’autres frères et sœurs en humanité, là où les chemins n’avancent pas droit, là où d’autres sont cabossés par des routes mal aplanies. De mon côté, dans mon travail au service de jeunes en difficulté scolaire et sociale, j’apprends de la part d’autres équipiers comment des chemins tout jeunes et qui paraissent déjà bien bouchés peuvent, souvent bien timidement, trouver de nouvelles issues.
« J’apprends aussi que l’espérance dont nous sommes responsables, d’autres autour de moi tentent de la vivre…, nous ne savons ni les uns ni les autres où elle nous mènera ! Mais nous savons que nous y sommes embarqués ensemble… et que le voyage vaut largement le détour… un détour qui a déjà, parfois, saveur d’éternité.

Hervé