André LAFORGE, prêtre de la Mission de France, est décédé le 21 septembre 2008.
Pour préparer l’Université d’été de La Communauté Mission de France de 2006 sur le thème : «Témoins du Ressuscité… Vous avez dit résurrection ?...», André avait écrit ce témoignage en mars 2006.
Témoins du Ressuscité
Tout au long de ma vie, j’ai rencontré la mort. Ce fut d’abord dans la guerre et les bombardements. Et puis souvent sur mon chemin, ceux qui allaient mourir : je leur parlais de l’Espérance, de résurrection. Maintenant, depuis plus de 20 ans, je pense à la mort, la mienne, qui vient. Cela m’a fait voir et comprendre autrement la Résurrection du Christ : j’ai découvert que je la rencontrais souvent et que j’avais à la vivre et à en témoigner dans l’aujourd’hui du temps. : « l’AVANT » la mort fait mieux regarder « l’APRES », il éclaire la route.
Tout au long de mon histoire, parfois de manières diverses, inattendues, j’ai rencontré la Résurrection, j’ai côtoyé ceux et celles qui avaient accueilli dans leur vie le Ressuscité !
Je voudrais raconter quelques-unes de ces rencontres qui ont marqué ma vie et ma foi. Elles m’ont aidé à me « relever » moi-même.
Il y a 50 ans, en 1954, j’ai été fortement secoué, ébranlé dans ces premières années de ma vie de prêtre. A la demande de l’évêque, je me préparais à devenir PO, prêtre ouvrier. Les décisions romaines ont tout mis par terre. Les dégâts ont été sérieux dans la jeune Mission de France et ailleurs. Dans notre Église, la Mission était-elle possible ? Cette interrogation radicale nous habitait !
Et il y a eu Jean XXIII et le Concile. Les circonstances m’ont amené dans les coulisses de cet évènement, à voir souvent Liénart, Camara, Marty et d’autres. Le travail de l’Esprit était visible. Peu à peu, dans ma foi en l’Église, je suis sorti de la nuit ! Ce fut une renaissance pour l’Église elle-même qui se montrait l’Église de la Résurrection. Elle se relevait. Je ne pouvais pas me taire, j’ai redit ma foi « debout », je me suis abandonné dans la conduite du Seigneur. Cela me préparait pour la suite : le Vivant m’avait « rebâti » dans la foi.
Pourtant déjà je l’avais rencontré sans en comprendre l’importance. Jeune prêtre, j’avais été frappé par la demande d’un homme, cheminot, conducteur de locomotive, un syndiqué CGT, non croyant. Il me dit un jour : « Je ne sais pas ce qui m’arrive, je ne suis pas croyant et il y a quelque chose en moi qui me pousse à devenir chrétien, mais je pose une condition, je veux être comme François mon voisin. » C’était un croyant admirable ! le Christ vivant à côté de lui l’invitait à se relever et à accueillir la foi à son tour. Il avait rencontré en l’autre la Résurrection qu’il a ensuite vécu dans toute sa vie.
Dans mon voyage, j’ai côtoyé, accompagné des naissances à la foi, des « renaissances » surtout au milieu des pauvres. Pendant des années, j’ai été dans un groupe appelé à Lyon « Les Rencontres Fraternelles ». Un jour, il y avait cent personnes pour fêter le baptême d’une jeune de quinze ans dont la maman était une « ex de la rue ». Dans la messe, en partageant la paix, la fête déborda. Toute la foule se mit à chanter et à danser, ce fut très fort, puis la messe s’acheva. Ce jour-là c’était la joie de Pâques et le Seigneur a dû bien se réjouir là-haut, les pauvres recevaient dans la fête l’Évangile de la Résurrection.
Je pense aussi à des couples retrouvant leur amour, à mes copains de boulot s’épanouissant dans leur vie d’hommes immigrés se remettant « debout » par leur premier boulot arrivant en France.
Je pense aussi à des copains prêtres qui avaient perdu la foi - cela arrive - et qui ont retrouvé le Ressuscité.
A mon arrivée dans le foyer logement où je suis, j’ai accepté pendant trois ans d’aller faire un après midi d’accueil à Fourvière. Là, je recevais beaucoup. Derrière moi, il y avait une peinture célèbre de Rembrandt, le Père accueillant le fils prodigue. J’ai accueilli là des vies lourdes à porter. Dans le pardon du Seigneur, j’ai vu la joie pacifiée dans les yeux, des hommes m’embrassant parce qu’à la fin je leur disais « Maintenant, renaissez avec le Christ, vous voilà « tout neufs » dans le Ressuscité, le Vivant. »
Recevoir le pardon et le donner à l’autre en faisant la paix, c’est souvent une bagarre rude et difficile en soi. Mais quelle paix, quelle joie quand « on lâche prise », qu’on « s’abandonne » à l’amour de Dieu, lui qui « sait faire » pour toucher les cœurs.
Actuellement, j’ai un ami depuis vingt ans que je vois de temps en temps. Il n’est pas baptisé. Il est « critique d’Art » dans un journal. C’est lui qui m’a fait découvrir le peintre Arcabas. Il y a quelques semaines, je lui ai passé le récit de mon trajet que j’ai écrit. Il vient de revenir me voir, « bousculé, me dit-il, par ce récit et la foi vécue autour de lui. » Il vient de me dire « mais pourquoi je ne crois pas ? » Je lui ai répondu : « peut être cela vient-il de vous, êtes vous prêt à dire à Dieu : « oui, viens » ?
Cela me fait penser que la résurrection, c’est formidable, étonnant, mais cela reste un combat difficile et parfois bien long.
Tout cela c’est aussi une histoire d’Église, elle c’est le Corps du Christ, avec chacun d’entre nous, mais elle est dans les faits, par son accueil, sa maternité, « renaissante » et « relevante ». En bien des domaines, notre Église a des efforts à faire. Elle a, elle aussi, par l’Esprit, comme chacun d’entre nous, à renaître en Pentecôte, pour témoigner du Christ Ressuscité.
Depuis quinze ans, je vois souvent une amie Sénégalaise, musulmane mariée à quinze ans, trois enfants. Son mari Sénégalais la battait. Ils se sont séparés, mais le 2ème fils s’était suicidé à dix-sept ans à force d’empêcher son père de battre sa mère. Depuis toutes ces années, Aissatou a découvert Jésus-Christ, elle le prie. Il est profondément dans sa vie de croyante. Il y a trois ans, elle s’est remariée avec un blanc divorcé d’un premier mariage religieux. Aissatou n’avait jamais demandé le baptême, même si on en avait parlé. Elle ignorait qu’un tel mariage poserait un problème pour le baptême. Or, un an après son mariage, elle a demandé le baptême. Elle a été admise au catéchuménat, puis renvoyée pour « baptême impossible ». Elle n’est pas la seule. J’ignorais que le Saint-Esprit et le Ressuscité devaient consulter les livrets de mariage avant d’envoyer le don de Dieu aux pauvres humains… Les Actes des Apôtres nous rappellent les paroles de Paul et de Pierre : « Ils ont reçu le Saint Esprit, il faut les baptiser ». Aissatou a toujours la foi, elle a aussi le droit d’être enfin au calme, dans la paix, elle redemande le baptême.
Des situations bloquées ainsi, il y en a beaucoup, j’ai plusieurs couples d’amis qui ont découvert la foi profonde dans le second mariage !
Dans l’Église du Ressuscité, il faut des portes ouvertes sans aucune marginalisation.
Là aussi, la Résurrection est un combat !
Pour s’y tenir, j’ai une source solide : la communion des Saints, des vivants et des morts. Elle me donne souvent des signes d’espérance.
Je crois profondément à la Résurrection du Christ. Etre témoins du Ressuscité est fortifié par la rencontre des ressuscités.
La prière et la pauvreté acceptée de nos vies en sont les conditions.
Dans l’Évangile, des textes m’aident dans ma prière et ma vie ; le dialogue avec Nicodème, mais aussi « Le Royaume est déjà parmi vous ». Mais ce qui m’inspire le plus, c’est le « NOTRE PERE », et la Parabole de l’Enfant prodigue.
André LAFORGE, mars 2006. Pour l’Université d’été de la Communauté Mission de France de 2006 sur le thème : « Témoins du Ressuscité … Vous avez dit résurrection ?... »
• À la demande de ses amis, André Laforge avait rédigé le récit de sa vie dans le livre Le trajet d’un homme… prêtre !
J'y raconte mon chemin, il était temps… avec mes 82 ans ! Ma famille et mes amis m'avaient demandé ce récit. Après un premier temps, mon écriture a été complétée par des interviews. Je n'ai pas écrit pour une Académie mais pour rejoindre ainsi tous ceux que j'ai rencontrés… et d'autres aussi, inconnus. C'est un style "parlé", les nombreuses heures de dialogue ont provoqué des répétitions. Je l'ai fait pour tous ceux qui ont marqué ma vie, pour tous ceux qui m'ont appelé dans l'amitié. Il y a des croyants, des quêteurs de vérité, des non croyants en Dieu, des jeunes, des vieux et mes copains de la Mission de France.
Livre à commander à La Communauté Mission de France : 3 rue de la Pointe, BP 101 -
94171 LE PERREUX sur MARNE.
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