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Evangile du dimanche
Des prêtres au travail
 

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À l’abbatiale de Pontigny, l’esprit de Cîteaux

pontignyPour comprendre Pontigny, « seconde fille de Cîteaux », il faut d’abord s’arrêter un instant et se souvenir de ce que fut la grande famille des moines cisterciens qui a bâti cette abbaye.
En 1098, saint Robert de Molesme fonde l’abbaye de Cîteaux dans une forêt au Sud de Dijon, qui appartenait alors au diocèse de Chalon-sur-Saône. Cette fondation prend place dans la filière déjà longue des monastères issus de saint Benoît (env. 480-547). Il s’agit de se séparer du monde, de mettre toute sa vie à l’ « école du service du Seigneur », de consacrer son existence à la prière, de « participer courageusement aux souffrances du Christ pour obtenir un jour un place dans son Royaume », de vivre dans l’obéissance, le silence, le recueillement, la pénitence. Au cœur de cette existence, l’ « œuvre de Dieu », c’est-à-dire les longues heures de la prière commune, de jour et de nuit, chantée ou récitée à l’église. Cette vie à l’école de saint Benoît avait fait ses preuves et donné bien des saints. Mais les monastères risquaient toujours de s’enrichir, et leur ardeur religieuse de s’affaiblir. Il fallait que, de temps en temps, la ferveur d’une petite équipe décidât de retourner aux sources, de retrouver dans toute sa nouveauté l’ardeur des commencements. Tel est l’esprit de saint Robert, et c’est ce qu’il veut dire en donnant à sa fondation le nom de « nouveau monastère ».
L’essor de ce qui va devenir l’ordre cistercien débute en 1113 avec la fondation d’une nouvelle abbaye : la Ferté, près de Chalon-sur-Saône. C’est cette année-là qu’arrive à Cîteaux le jeune seigneur Bernard de Fontaine (saint Bernard) avec trente de ses compagnons, ce qu’il y avait de plus brillant dans la jeunesse bourguignonne du moment. Dès lors, c’est un mouvement qui n’arrêtera pas. Sans cesse des candidats se présentent. Si bien que l’on envisage aussitôt de nouvelles fondations en dehors du diocèse de Chalon, en 1114, Pontigny, en 1115, Clairvaux dont saint Bernard sera l’abbé, et Morimond. À leur tour, ces abbayes en fonderont d’autres et toute la France du XIIe siècle, voire même tout l’Occident chrétien, seront couverts de ces nouveaux monastères, environ 350 au milieu du XIIe siècle.
Mais quel est au juste l’esprit cistercien, cet esprit, rappelons-le, que continuent aujourd’hui les moines trappistes ? L’essentiel ici, c’est la prière, la solitude, le dépouillement et le travail. Loin de l’agitation des villes, loin des préoccupations d’intérêt ou d’ambition, le moine cistercien partage sa vie entre le travail des champs et la prière. Mais son travail est encore une prière : il veut vivre avec Dieu dans le silence, il organise sa vie et construit ses abbayes de façon à n’être pas distrait de cette préoccupation essentielle et de ce silence. Sa réflexion religieuse et sa prière recherchent l’essentiel plus que l’accessoire. Pas d’anecdotes pieuses, pas d’émotions religieuses superficielles ; donc, dans les églises, pas de statues, ni d’images, ni même de couleurs. La pensée de Dieu, maître de toutes choses, du Christ en croix, de Marie (à qui sont dédiées toutes les églises cisterciennes), lui suffit. Et l’architecture des cisterciens, à Pontigny comme ailleurs, sera profondément marquée par cet esprit : sérieux, intériorité, équilibre profond, audace secrète qui fuit tout étalage, blancheur, nudité, voilà ce que nous trouverons à Pontigny.

Claude WIENER.
Prêtre de la Mission de France, il est professeur honoraire à l’Institut Catholique de Paris. Il a travaillé, traduit, enseigné la Bible pendant cinquante ans. Il est engagé auprès des exclus, notamment dans le Collectif Les Morts de la Rue. Il est auteur de « Le Dieu des pauvres » (Ed. de l’Atelier, 2000)

 

La Mission de France à Pontigny

Le 15 août 1954, le pape Pie XII établie à Pontigny le siège de la Mission de France dont le séminaire allait occuper pendant treize ans les bâtiments de l’abbaye.
En 1941-1942, les évêques français, constatant le manque de prêtres et la perte de la foi dans de nombreuses régions de France, créent à Lisieux un séminaire où des jeunes gens de toutes régions de France se prépareront spécialement pour l’apostolat des zones urbaines et rurales les plus déchristianisées. Le séminaire de la Mission de France à Lisieux fut l’un des carrefours du renouveau qui marqua l’Église de France après la dernière guerre ; en particulier, il fut très en liaison avec le mouvement des prêtres ouvriers.
Transféré à Limoges en 1952, réorganisé, le séminaire s’établit à Pontigny en 1954, de même que les responsables du groupe d’environ 300 prêtres en activité qui constituaient la Mission de France.
Pontigny est alors le centre d’un effort de renouveau et de recherches en vue d’ouvrir au catholicisme le chemin des milieux et des régions les plus déshérités, mais aussi de ceux où s’élabore un monde moderne auquel l’Église veut également annoncer l’Évangile.
En 1967, les responsables de la Mission de France souhaitèrent rapprocher de Paris la direction de la Mission de France et sa maison de formation. Elles furent alors transférées à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne).
Pourtant Pontigny reste une « Prélature territoriale », sorte de petit diocèse relevant de l’évêque de la Mission de France, au service de l’Eglise de France pour des besoins missionnaires.
À Pontigny, la Mission de France poursuit depuis 1982 diverses activités, en particulier pour les jeunes, dans une maison située rue de l’Abbé Tauleigne, sur la route de Venouse.