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La Communauté Mission de France - Université d'été 2009

Le Cahier de la fraternité

 
Université d'été 2009 en photos

Les questions nouvelles autour de la famille...

Axe 4

 

Mon fils, mon frère

 

Mon fils

Une nuit, un matin, je t’ai mis au monde.

Je t’ai jeté dans le monde.

 

Pour naître, il faut sortir.

Nous ne nous sommes, depuis, que très peu éloignés l’un de l’autre, et cela est en soi une joie.

 

Tu ne saurais en dire de même de ton père. Pourtant, il est là, et il EST TON père.

D’autre, tu n’en as pas, si ce n’est Celui que tu ne confesses pas et dont je me reçois. C’est là ce que je crois.

 

Depuis cette nuit, depuis ce matin, je me tiens à tes côtés et au-devant de toi.

Je suis là, et le serai toujours.

Je t’accompagne dans la recherche de toi-même, je te regarde advenir à toi-même, avec confiance.

Je t’accueille inconditionnellement.

 

Au-delà des liens de sang qui indubitablement nous unissent.

Te voilà tout autre

Et me voilà transformée par toi

Je veux garder vif en moi le désir de te rencontrer chaque jour dans la vérité de ce que tu es.

 

Je ne te livre pas à toi-même dans la solitude ou l’isolement,

je te confie à ta liberté, à ton propre projet que je regarde, que je respecte, et que j’aime

 

Dans la foi,

je découvre.

Dieu et être aimée de Dieu,

Je découvre et j’expérimente que nous ne sommes frères que par le Père.

Je découvre qu’il ne suffit pas de donner, mais de reconnaître qu’en donnant, nous sommes frères.

 

Je fais le vœu qu’il se trouve sur ta route des visages de paternité qui t’ouvrent à cette autre dimension de toi.

Pour qu’à ton tour tu t’en trouves transformé.

 

Je te souhaite de découvrir et de trouver l’Amour

Mon fils

Mon frère

 

 

Et le deuxième jour ?
Dieu vit qu’il était bon lui aussi

 

Vivre la fraternité auprès des nouveaux-nés et de leurs parents

Force de la vie, fragilité aussi

Éprouver ensemble chacun à sa place et sur son chemin

Expérience commune de fragilité et d’Espérance de la Naissance.

Prendre soin de l’enfant, de ses parents

Du lien fragile qui se tisse

Besoin de l’expérience humaine, de lien éprouvé

Corps à corps, peau à peau, lait qui coule nourrit et répare.

Comprendre son enfant, répondre à ses besoins

Devenir parents

Faire silence, prier pour éprouver le Christ éprouvant cette fragile et forte expérience humaine

Et être ainsi au plus vrai de ce que je suis avec le Christ.

 

Vivre la fraternité avec ceux qui me sont plus proches

Prendre soin de chaque chemin en aimant au mieux le projet de l’autre.

Et ainsi devenir ou redevenir frères et sœurs.

Être source ainsi parfois pour que l’enfant se sache aimé et capable de grandir.

 

 

Naître fils, Devenir père,

 

Naître fils,

après ceux qui m’ont précédé,

avant celui et celles qui m’ont suivi,

premiers frères et premières sœurs.

 

Quitter père et mère dans l’élan d’un amour neuf

découvrir et goûter dans cette distance un nouvel être fils.

 

Devenir père,

débordé par la vie, submergée par la joie,

comme élargi par l’enfant reçu comme cadeau,

cet autre issu de moi, de nous, et pourtant étrange,

presque étranger.

 

Devenir père,

apprendre encore mes limites, douter,

chercher, à travers les silences de l’enfant, à travers ses révoltes,

à discerner celui ou celle qu’il devient.

 

Devenir père,

accepter que « nos enfants ne sont pas nos enfants », mais qu’ils puisent à d’autres sources,

aimer leurs regards vers d’autres horizons que les miens.

 

Découvrir en eux de nouveaux frères, en elles de nouvelles sœurs,

même s’ils restent mes fils et mes filles.

 

Se découvrir avec eux, frère, en humanité, d’une génération

qui grandit tandis que la nôtre diminue,

qui invente de nouveaux chemins pour continuer l’humanisation de l’homme.

 

Se reconnaître, avec eux, frère du Fils unique, du frère universel,

qui prend soin de toute blessure, qui porte dans sa chair toute souffrance.

 

Dans le Fils, se reconnaître, avec eux, fils et filles d’un Amour

qui nous veut libres,

qui nous creuse et nous fait grandir,

qui se donne sans mesure et sans retour pour que nous ayons la vie en abondance.

 

 

Devenir frère

 

« Va trouver mes frères. » Pour certains, pas d’hésitation, ils me sont donnés comme sœur ou frère, par naissance, par engagement ou histoire commune. Ce n’est pas toujours simple mais je n’ai pas le choix.

Pour d’autres, cela ne va pas de soi. Comment être frère avec eux ?

Avec des enfants touchés par un handicap, je suis passé d’une méconnaissance à la nécessité d’aller vers eux. A l’IME, j’ai d’abord été touché par leur élan de vie, leur joie de vivre, leurs cris et leurs rires. Par la suite, j’ai parfois été écrasée par leur déficit ou leur blocage. « Elle n’avance plus, la situation familiale est mortifère. Je n’en peux plus, je n’y crois plus ! »

La parole échangée entre collègues a permis de recommencer à espérer, de l’envisager en avant d’elle-même. Elle m’a aidé à (re)devenir homme de foi.

« Cesse d’être incrédule, deviens homme de foi ! Comme Thomas invité à toucher du doigt la blessure, le Seigneur m’invite à le reconnaitre. Rien n’a changé mais tout est différent. Mon regard n’a été renouvelé. Reconnaissance que nous sommes, chacun, en chemin de devenir humain.

Nul ne connaît le chemin, pas plus ceux qui croient au ciel, que ceux qui n’y croient pas.

Nul ne connaît le chemin avant de l’emprunter jour après jour, précédé pour moi par Sa parole.

Chacun est invité à se développer en fonction de ses potentialités, ses capacités toujours évolutives. Je quitte une référence à un idéal, à un développement normatif, parlant d’enfants déficitaires pour entrer dans un accompagnement d’enfants qui souffrent.

Apprentissage mutuel d’un vivre ensemble où j’apprends comment aider.

Incessant travail d’ajustement avec l’enfant, avec les collègues.

Devenir frère.

 

 

« Je ne suis pas ton frère ! »

 

C’est moi qui parle. Je réponds à l’insolence d’un élève dont la colère m’a fait entrer dans une fratrie inattendue : « Wesh, c’est bon mon frère, qu’est-ce tu veux ? Laisse tomber ! »

La violence, ça casse les règles de la relation, tutoiement impératif, lien du sang imposé…

La violence, c’est contagieux aussi. En l’occurrence, si le déni de fraternité - je ne suis pas ton frère - me semble un préalable opportun pour reconstruire une relation prof-élève ajustée, il peut être lourd de la volonté de rendre le coup porté… et conduire à des dérapages de paroles ou de gestes.

Dans cette violence partagée, ne sommes-nous pas proches, frères dans une humanité blessée qui veut faire valoir la loi du plus fort ? Frères comme dans une meute, loup l’un pour l’autre…

D’ailleurs, qu’est-ce qui me retient de lui en mettre une ? Dans le feu de l’action, ils sont parfois loin les principes de confiance, de respect, de dignité, d’acceptation de l’autre tel qu’il est. L’amour propre peut mener à l’acte sale.

Qu’est-ce qui me retient ? Le rappel de la loi ? Des préceptes moraux ? Un enseignement religieux ? Un sursaut d’humanité non violente ? Le regard de l’adversaire ?

Qui me retient ? Peut-être ce compagnon de route…

Celui qui a remis une épée dans son fourreau pour soigner un blessé, le jour où il s’abandonnait à la violence absurde.

Cet étranger, ce pauvre qui révèle notre précarité.

Ce Fils, visage et figure d’un père qui toujours sort de chez lui pour aller à la rencontre de ses enfants.

Ce frère qui donne l’Esprit d’amour, source vivifiante de toute humanité et qui permet de dire, avec d’autres « Notre Père ».

Pour lui au moins, la fraternité, elle va de soi.

 

 

Prières

 

Dans les lectures et les exposés,

Dans les réflexions,

Dans les célébrations,

Par la raison,

Je te cherche.

 

Dans le beau,

Dans ta création,

Dans la naissance,

Tu es là.

 

Dans la douleur, la solitude,

Dans la maladie,

Dans la mort,

Par mes frères,

Tu me trouves.

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